Pierre Bessière, vétérinaire et virologue français, diplômé de l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse (EVNT), comme d’autres experts, souligne la nécessité de ne pas négliger le rôle potentiel des chats dans la dynamique de transmission du virus de la grippe aviaire et dans le risque de pandémie.
Les recherches de Bessière portent, notamment, sur l’interaction entre les félins et cette souche d’influenza aviaire. En effet, depuis 2016, on observe sa propagation à l’échelle mondiale via les oiseaux migrateurs. Par ailleurs, sa transmission est amplifiée par l’élevage intensif. Ce qui à pour conséquence de causer une forte mortalité chez certaines espèces d’oiseaux.
À l’origine.
Le réservoir naturel des virus de la grippe aviaire est constitué par les oiseaux sauvages aquatiques, tels que les canards sauvages, les oies sauvages et les oiseaux de rivage. Aussi, ils peuvent être infectés par les virus sans nécessairement développer de symptômes. Ils excrètent les virus dans leurs fèces, contaminant ainsi l’environnement et pouvant infecter d’autres oiseaux.
Une zoonose, les premiers cas.
Les premiers cas d’infection humaine par un virus de la grippe aviaire ont été détectés à Hong Kong en 1997. lors d’une épizootie (épidémie animale) touchant les volailles. Il s’agissait du virus H5N1.
Depuis lors, différents sous-types de virus de la grippe aviaire ont émergé et se sont propagés dans le monde, touchant les oiseaux sauvages et les volailles d’élevage. La propagation se fait principalement par les mouvements d’oiseaux sauvages migrateurs, le commerce international d’oiseaux et de produits avicoles, et les contacts entre les volailles d’élevage et les oiseaux sauvages.
Et les chats dans tout ça ?
Sur 578 échantillons sanguins de chats domestiques avec accès à l’extérieur testés en France, 13 étaient positifs au H5N1, soit un taux d’infection d’environ 2.25%. Ce pourcentage représente le taux d’infection parmi les chats testés. Il ne s’agit pas nécessairement du taux d’infection dans l’ensemble de la population féline française. Pour autant, Bessière considère qu’il est alarmant. En effet, il est probable que des dizaines de milliers de chats soient infectés en France.
Si les chats domestiques peuvent potentiellement en être victimes et hôtes, quid des chats errants dont la communauté dépasse les 11 millions dans l’hexagone ?
Podcast : 11 millions de chats en danger !
En effet, l’inquiétude réside dans le fait que les chats, en chassant des oiseaux contaminés, pourraient servir d’hôtes intermédiaires. Pierre Bessière dans ses recherches, explique la forte capacité du virus à muter. Il devient donc potentiellement transmissible à l’homme, avec le risque de déclencher une pandémie qui pourrait être comparable à la grippe espagnole.
Des chats atteints par le virus ont présenté des troubles neurologiques, tels que des convulsions ou des pertes d’équilibre. Des problèmes respiratoires sont aussi observés. Et la présence de fièvre et de fatigue. Autant de symptômes pouvant être confondus avec d’autres maladies. Quoiqu’il arrive, au moindre signe d’inquiétude consultez votre vétérinaire.
L’élevage intensif, un incubateur.
Fort heureusement, des barrières biologiques, comme les différences de température corporelle entre les espèces, limitent le passage du virus. En revanche, les élevages intensifs agissent comme des incubateurs. Alors, face à cette menace, Pierre Bessière insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance du virus et la vaccination des volailles, notamment.
“Au XXIe siècle, il fait bon d’être un virus, particulièrement d’être un virus influenza A, et encore davantage d’être un virus influenza A aviaire ! Ces derniers n’ont probablement jamais autant circulé à la surface de notre planète qu’aujourd’hui. L’année 2022 a été celle de tous les records, notamment en France, avec des millions d’oiseaux abattus, une filière avicole paralysée, et un coût global dépassant le milliard d’euros.”
Le mot de la fin ?
La transmission du virus de la grippe aviaire à l’homme est rare et se produit généralement par contact direct avec des oiseaux infectés (vivants ou morts), leurs excréments ou des environnements contaminés. Aujourd’hui, le risque de transmission du H5N1 des chats aux humains est considéré comme faible. Aux État-Unis 66 cas déclarés depuis le début 2024.
Cependant, il est impératif de rester prudent. La surveillance constante et les mesures de prévention sont essentielles pour limiter les risques de propagation.
- https://www.sciencesetavenir.fr/sante/grippe-aviaire-faut-il-craindre-une-pandemie-chez-l-humain_183172?xtor=RSS-16
- https://elevages-et-sante.le-nouveau-praticien-veterinaire.org/articles/npvelsa/full_html/2023/01/npvelsa230022/npvelsa230022.html
- https://journals.asm.org/doi/10.1128/spectrum.03736-23
- https://journals.asm.org/doi/10.1128/spectrum.03055-23


