Le ronronnement, un mode de communication riche et complexe.
Le ronronnement chez nos petits félins est une caractéristique dite néoténique. Ce qui signifie qu’ils ont conservé un comportement juvénile à l’âge adulte. En effet, le ronronnement est un mode de communication vocal initialement entretenu entre le chaton et sa mère. Avec la domestication, nos chats modernes ont transféré ce comportement intraespèce dans le cadre des interactions avec l’humain. Bien que le ronronnement félin soit généralement associé à l’idée de contentement et de plaisir, il couvre en réalité une gamme bien plus vaste de fonctions et de significations. Allons voir ça de plus près !
Le ronronnement chez le chaton.
Si vous avez assisté à une naissance de chatons, vous avez sûrement pu entendre de petits ronronnements lors de l’allaitement. En effet, les chatons ronronnent lorsqu’ils tètent leur mère qui, elle, ronronne en retour. Ce ronronnement mutuel aurait pour but de renforcer le lien maternel et de signaler un sentiment de sécurité. Ce comportement se retrouve à l’âge adulte chez le chat moderne qui nous informe ainsi de son état émotionnel.
Mais attention, ce message vocal envoyé par votre chat ne se suffit pas à lui seul. Il est important de le considérer dans son ensemble, en fonction du contexte. En effet, il peut avoir une toute autre signifation. Aussi, une mauvaise interprétation pourrait mener directement à une incompréhension entre le chat et son humain.
Chez le chat adulte.
La raison la plus communément perçue du ronronnement est que le chat est heureux. Pour ma part, je parlerais davantage d’un état de « bien-être » pour ne pas trop rentrer dans des considérations anthropomorphiques. Effectivement, il semblerait que les chats ronronnent pour signifier qu’ils sont bien. Ce que l’on peut d’ailleurs observer dans une situation où le chat est en position de détente totale. Allongé contre vous dans le canapé, se faisant tranquillement caresser. La situation étant agréable pour lui, le ronronnement est souvent audible, paisible et régulier.
Un mode de communication interespèce.
Mais le ronronnement est également un moyen pour le chat de communiquer avec son humain. Par exemple, une étude menée par Eriksson et al.1 (2017) explore comment la durée de la séparation entre les propriétaires et leurs chats influence leur interaction lors des retrouvailles. Ce qui a mis en évidence que les chats ressentaient de l’attachement vis à vis de leurs humains. Et là, c’est nous qui sommes contents !
Mais aussi que les chats ronronnaient davantage et initiaient plus d’interactions avec leurs bipèdes après une plus longue séparation. Dans cette étude, les plages d’absences étaient de 30 minutes à 4 heures. Par contre, n’allait pas croire que des absences de 10 heures engendredont ce même type de réaction. Bien au contraire. D’autres études montrent l’effet inverse en cas d’absences prolongées et répétées. Mais ça, c’est une autre histoire.
Une autre étude, celle de McComb et al. (2009) a montré que certains chats utilisent un type particulier de ronronnement (solicitation purr) pour solliciter de la nourriture à leurs propriétaires. Ce qui est d’ailleurs le cas de Prune qui m’en fait la démonstration au moment même où j’écris ces lignes, dans une sorte de parade amoureuse qui veut dire « donne moi du miam ! ».
Le ronronnement un signe de stress ?
Peut-être avez-vous remarqué que lors d’une situation stressante, comme une visite chez le vétérinaire, cela provoquait un ronronnement chez votre petit félin ? J’en ai personnellement fait l’expérience avec Thalia. Elle était alors âgée de 4 mois lorsque je l’ai récupérée, et atteinte d’une vilaine gale d’oreilles. Nous avons passé beaucoup de temps chez la vétérinaire. Et à cette occasion, j’ai pu constater, au fur-et-à mesure des consultations (une fois par semaine, tout de même), que les ronronnements augmentaient une fois arrivée sur la table d’auscultation.
Il y a d’ailleurs une autre étude très intéressante de D. Well et al.2 (2009) qui met en corrélation le stress et le ronronnement chez le chat. Cette étude a été menée auprès de chats accueillis dans des refuges où les sources de stress sont multiples (environnement confiné, bruits, présence de congénères, …) et à des niveaux parfois élevés. L’étude a montré que les chats avaient tendance à ronronner plus fréquemment dans les situations où ils étaient exposés à un stress de haute intensité. Par exemple, lors de visites vétérinaires (encore eux !) ou lorsqu’ils étaient confrontés à d’autres animaux agressifs.
Il a également été observé que les chats qui ronronnaient dans des situations stressantes montraient des signes de réduction du stress en amont. Une diminution de la fréquence cardiaque a été enregistrée. Cela suggère que le ronronnement pourrait être un mécanisme d’auto-apaisement pour les chats, avec la régulation de leur état émotionnel. Cet état a aussi été observé chez des chats malades ou en fin de vie. Ici, leur ronronnement pourrait servir à se réconforter ou à apaiser la douleur.
Le ronronnement comme aide à la guérison.
Et en parlant de maladie et de douleur, on entre dans des considérations vraiment stupéfiantes. Saviez-vous que des études ont été menées sur la corrélation entre le ronronnement et l’auto-guérison chez le chat ? Je vous explique ça en version courte. En 2001, Elizabeth von Muggenthaler publie une étude3 qui est souvent citée sur le ronronnement comme aide à la guérison. Elle explore comment les vibrations peuvent avoir des effets bénéfiques sur la guérison chez les félins, y compris chez les chats domestiques.
L’étude a examiné la fréquence du ronronnement des chats, qui se situe généralement entre 25 et 150 Hz. Cette gamme de fréquences pourrait stimuler la régénération des os et des tissus mous (muscles, tendons, organes, etc.). Des études ont montré que des vibrations comprises entre 25 et 50 Hz pouvaient favoriser la croissance osseuse. Les chats sont connus pour leur capacité à guérir rapidement. Il se pourrait que cela puisse être attribué, en partie, à l’effet de leur propre ronronnement. Par ailleurs, cette étude montre également que les vibrations du ronronnement pourraient avoir un effet apaisant, antalgique et anti-inflammatoire.
En conclusion.
Le ronronnement chez nos petits félins est un comportement complexe et multifonctionnel. Nous l’avons vu, il va bien au-delà du simple signe de contentement. Il est aussi un mode de communication. Un outil efficace pour les chats qui leur permet d’exprimer leur état émotionnel et leur confort. Mais aussi pour influencer nos comportements. Plus étonnant, le ronronnement permettrait de favoriser la guérison et le bien-être chez le chat. Il pourrait également réduire le stress chez les humains, et même aider à abaisser sa pression artérielle. Si le ronronnement est un comportement inné chez les félins, il semblerait qu’il soit également le marqueur d’un mécanisme d’adaptation dans la relation chat-humain. Ils sont forts ces chats !
- M. Eriksson, L. J. Keeling & T. Rehn (2017). Cats and owners interact more with each other after a longer duration of separation. Behavioural Processes, 136, 58-63. ↩︎
- D. L. Wells & P. G. Hepper (2009). A note on the influence of visual conspecific contact on the behaviour of sheltered cats (Felis silvestris catus). Applied Animal Behaviour Science, 113(1-3), 166-171. ↩︎
- E. von Muggenthaler (2001). The Felid Purr: A Healing Mechanism? Proceedings of the International Veterinary Acoustics Society Conference. ↩︎


