Odorat du chat : comment fonctionne son super pouvoir ?

L’odorat au cœur de la vie féline.

Imaginez un monde où chaque odeur raconte une histoire, où le moindre parfum est porteur d’un message complexe. C’est dans cet univers invisible que nos chats évoluent chaque jour, guidés par un sens de l’odorat d’une puissance que nous ne soupçonnons même pas.

Dans son ouvrage intitulé « Cat Sense » 1 paru en 2013, le Dr. John Bradshaw, expert en anthropozoologie, nous offre un aperçu captivant de ce sens extraordinaire et de son rôle central dans la vie des chats. De la communication entre congénères à la perception de leur environnement, en passant par leurs interactions avec les humains, l’odorat des chats façonne leur réalité. Le science commence tout juste à comprendre la manière dont tout cela s’opère.

Cependant, cette sensibilité olfactive exceptionnelle peut aussi être une source de vulnérabilité. Nos habitudes de vie, avec l’utilisation de parfums artificiels dans nos intérieurs et de produits chimiques, peuvent perturber ce sens essentiel à la vie de nos chats. Ainsi, nous affectons de façon significative leur outil de communication et nous altérons, sans en avoir conscience, leur sensation de bien-être et parfois même leur santé.

Je vous propose donc de découvrir ensemble ce sens olfactif extraordinaire pour mieux le comprendre et créer un environnement respectueux de l’odorat de nos petits félins.

Un système olfactif surpuissant.

Les chats présentent des capacités olfactives impressionnantes. En effet, nos petits félins possèdent 200 millions terminaux olfactifs quand nous n’en sommes dotés que de 5 ou 6 millions. Avec un sens olfactif 50 à 70 fois plus développé que le nôtre, les chats peuvent détecter des odeurs imperceptibles par l’humain.

Une étude 2 scientifique menée sur un groupe de 20 chats domestiques de compagnie, a examiné leur capacité à distinguer différentes odeurs. L’une des principales conclusions a démontré que les chats ont su discriminer l’odeur de leur propriétaire de celle d’un étranger. De quoi rassurer tous les humains à chats.

L’organe de Jacobson : un atout supplémentaire.

De surcroît, les chats disposent d’un outil complémentaire : l’organe de Jacobson, également appelé organe voméronasal (OVN). Cet organe situé sur le palais est présent chez tous les mammifères. Et là vous vous dites « mais nous aussi on l’a alors ». Oui et non. Il semblerait que chez l’humain, l’organe de Jacobson soit vestigial. C’est-à-dire qu’il est toujours présent anatomiquement. En revanche, les scientifiques ne sont pas encore tombés d’accord pour dire s’il est fonctionnel ou non. Mais revenons à nos moutons.

D’après une étude menée en 2004 par L. Luo et L. C. Katz (si ça c’est pas un nom prédestiné !) il semblerait que le système olfactif et l’organe de Jacobson travaillent ensemble. Là où l’odorat du chat détecte les odeurs volatiles, l’organe de Jacobson détecte des substances chimiques non volatiles. Ces composés chimiques jouent un rôle central dans la communication entre chats. Et en particulier pour les comportements liés à la reproduction, au territoire et à l’identification sociale. Elles véhiculent des messages qui font part de l’état physiologique de l’animal, « je suis une femelle », « j’ai peur », « Ne t’approche pas ! », « je cherche un partenaire », etc.

Gif l’odorat chez le chat

Lorsque le chat flaire une odeur particulière se déclenche alors le réflexe de Flehmen. Vous savez, cette expression faciale particulière chez le chat, bouche entrouverte, babine supérieure légèrement retroussée et l’air concentré comme jamais ? À ce moment-là, l’organe de Jacobson est activé pour analyser ces signaux chimiques. L’étude montre aussi que le système olfactif et l’OVN communiquent par des circuits neuronaux spécifiques dans le cerveau. Et notamment ceux qui contrôlent les réponses émotionnelles, instinctives et sociales.

Communication et marquage territorial.

L’odorat du chat est donc bien plus qu’un simple sens : c’est un véritable langage. Quand ils se frottent la tête contre des objets, des meubles ou nos jambes, ils ne font pas qu’exprimer leur affection. En réalité, ils font des marquages, c’est-à-dire qu’ils déposent leurs molécules faciales. Je conçois que cet éclairage scientifique peut être un tantinet décevant pour nos petits cœurs fragiles. Donc, ces molécules faciales sont produites par des glandes situées autour de la bouche, du menton, des joues et du front du chat, et sont libérées lorsqu’il se frotte.

L’étude de P. Pageat et É. Gaultier3 (2003) a permis une meilleure compréhension de l’utilisation et du rôle de ces substances chimiques, qu’ils identifient ici comme des phéromones. Ils ont identifié 5 types de phéromones faciales, chacun ayant des fonctions spécifiques. L’un de ces types est associé à la marque de familiarisation. En outre, les chercheurs ont exploré la façon dont les chats utilisent ces phéromones pour marquer leur territoire et se créer un environnement sécurisant et familial, réduisant ainsi le stress.

Un autre type est lié à la cohésion sociale et joue un rôle important dans les interactions entre congénères, notamment dans les relations de groupe ou dans la reconnaissance des individus. Par ailleurs, Pageat et Gaultier ont également montré que les phéromones faciales peuvent être synthétisées et utilisées pour aider les chats à gérer leur stress, notamment lors de situations perturbantes (déménagement, introduction d’un autre chat, changements dans l’environnement, etc.). Cela a conduit à la commercialisation de produits tels que Feliway, un diffuseur de phéromones faciales synthétiques, censées reproduire les effets apaisants des phéromones naturelles du chat.

L’odorat, un atout pour la chasse.

Je ne vais pas développer ce point ici mais je voulais tout de même vous en dire deux mots. Car bien que la vue et l’ouïe soient deux autres sens très performants chez le chat et cruciaux pour la chasse, leur odorat super puissant leur permet de détecter des proies cachées ou de reconnaître les zones fréquentées par celles-ci. Cette capacité reste importante même pour nos chats domestiques bien nourris.

Gif chat qui chasse un papillon

Un odorat puissant : une arme à double tranchant.

Avoir un sens olfactif aussi développé n’est pas sans inconvénients. Les chats sont extrêmement sensibles aux odeurs fortes. Personnellement, j’ai les poils du nez qui frisent quand je sens un parfum trop intense. Alors eux avec leur odorat dix fois plus puissant que le mien, je n’ai pas de mal à imaginer combien cela peut les incommoder. Au-delà de l’inconfort, les bougies parfumées, l’encens, les sprays et autres produits odorants, peuvent altérer leur sens olfactif et affecter leur équilibre en empêchant un mode de fonctionnement optimal.

Tout d’abord, les parfums artificiels et certains produits chimiques présents dans ces articles peuvent irriter le système respiratoire fragile des chats. Ensuite, les chats sont particulièrement vulnérables à certains composés volatils, comme le formaldéhyde ou les phtalates, qui peuvent être nocifs pour leur santé. Enfin, des odeurs trop fortes ou inconnues peuvent causer du stress, perturbant ainsi leur sentiment de sécurité dans son environnement familier qui, comme nous l’avons vu, ils ont mis du temps à se construire.

Le danger particulier des huiles essentielles.

Les huiles essentielles, souvent utilisées dans les bougies parfumées ou les diffuseurs, méritent une attention particulière. Contrairement à une croyance répandue, de nombreuses huiles essentielles peuvent être dangereuses pour les chats. En effet, les félins ne possèdent pas les enzymes nécessaires pour métaboliser efficacement certains composés présents dans ces huiles, ce qui peut entraîner une intoxication.

Parmi les huiles essentielles potentiellement toxiques pour les chats, on trouve : le tea tree, l’eucalyptus, le citron, la lavande, la menthe poivrée, etc. Il est crucial de noter que cette liste n’est pas exhaustive, et qu’il est généralement recommandé d’éviter l’utilisation d’huiles essentielles autour des chats, sauf sous la supervision d’un vétérinaire.

Créez un environnement olfactif sain pour l’odorat de votre chat.

Gif chat coeur

Vivre avec un chat est une aventure fabuleuse qui demande quelques ajustements. Afin qu’elle soit épanouissante pour l’un comme pour l’autre, il est nécessaire d’assurer son bien-être en priorité. Bien évidemment, l’idéal est d’arrêter d’utiliser ce genre de produits, vous vous en doutez. Ils sont néfastes pour eux, pour nous et pour la planète. Mais comme je ne vis pas en Utopie, je vais vous donner quelques recommandations si vous souhaitez, malgré tout, continuer à utiliser des bougies ou des diffuseurs d’odeurs.

Tout d’abord, choisissez des produits naturels et non toxiques, sans parfums synthétiques ni huiles essentielles dangereuses. Vérifiez bien leur composition même sur les produits estampillés « naturel ». Si les étiquettes étaient fiables ça se saurait. Évitez de laisser votre chat dans la pièce lors de leur utilisation. Ensuite, veillez à ce que celle-ci soit bien ventilée afin d’éviter l’accumulation dans l’air de composés potentiellement nocifs.

Enfin, soyez attentif aux réactions de votre chat lorsque vous introduisez de nouveaux produits odorants. Des signes comme des éternuements fréquents, une respiration difficile ou un comportement d’évitement peuvent indiquer un problème. En cas de doute sur l’utilisation d’un produit ou si vous remarquez des changements dans le comportement de votre chat, n’hésitez pas à consulter un vétérinaire.

En conclusion.

L’odorat du chat est un sens puissant au cœur de son existence. Cet incroyable outil lui permet non seulement d’interagir avec ses congénères mais aussi de ressentir des émotions et de se bâtir un environnement dans lequel il peut se sentir en sécurité. Cependant, par notre absence de réflexion et de connaissances, nous parvenons à perturber ce qui est essentiel pour lui et nous prenons le risque d’affecter son bien-être de manière significative.

Pour offrir à nos compagnons à quatre pattes une vie épanouie, il est important de prendre en compte cette sensibilité olfactive et de créer un environnement qui respecte ce sens vital. Après tout, en comprenant mieux les besoins de nos félins, nous renforçons notre lien avec eux tout en leur assurant un quotidien plus serein.

  1. https://books.google.fr/books/about/Cat_Sense.html?id=2LkxnwEACAAJ&redir_esc=y ↩︎
  2. K. R. Vitale Shreve & Monique A.R. Udell: “What’s inside your cat’s head? A review of cat (Felis silvestris catus) cognition research past, present and future.” Animal Cognition, nov. 2015. ↩︎
  3. Pageat, P., & Gaultier, E. (2003). “Feline facial pheromones: a review.” Journal of Veterinary Behavior ↩︎

Panier
Retour en haut
Comprendre mon chat
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles. Vous pouvez consulter notre politique de confidentialité.